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Caractéristiques de la Subaquathérapie
Tuesday 10 February 2009
De formation pédiatrique, diplomée en médecine du sport (1986) et médecin fédéral de plongée sous-marine, Claire Carrier est psychiatre (1988) et psychanalyste. Grace à son titre de Docteur des Universités en Psychologie clinique (1993), elle a un statut d’enseignant chercheur à l’INSEP qui lui permet de s’intéresser plus particulièrement au suivi psychologique de l’adaptation des sportifs de haut niveau à la performance.

Nous sommes tellement dépendants de l’élément naturel qu’est l’eau que la relation que nous construisons avec lui témoigne de la place que nous donnons à cette limite si caractéristique de la vie.

Jamais nommée directement, on en parle par ce qui la contient : une gorgée, un seau, etc. La molécule H 2O reste sans équivalent néo-formé dans les laboratoires de recherche. Jamais remplacée donc universelle sur tout notre globe, l’eau résiste aux variations culturelles comme climatiques. Ainsi le toute puissance de l’eau l’entoure d’un mystère que chacun d’entre nous est obligé, pour vivre, d’aborder suivant ses propres critères .

Actuellement, l’immersion dans l’eau est à la mode. Les images publicitaires, les films nous familiarisent avec cette situation particulière du corps.

Quelles sont les caractéristiques de cette expérience corporelle ?

Cette expérience corporelle , toujours vécue en groupe, résulte de la confrontation des deux milieux aérien et aquatique. Elle impose au pratiquant une modification de l’état de conscience liée au bouleversement durant le temps d’immersion ( déterminé par la consommation de l’air contenu dans la bouteille), des informations sensorielles , des repères temporo-spatiaux , de la relation aux exigences vitales comme des modes de communication interindividuelles.

Le masque limite latéralement une vision déjà déformée par l’hypermétropie de la "lentille aqueuse". L’évocation subjective du monde sous-marin est couramment celle du silence . Ce silence est en fait relatif . L’accélération de la propagation des sons dans l’eau donne une impression de proximité des sources émettrices . Le mode de transmission osseuse des sons, en particulier par la mise en résonance de la boite cranienne et des os du rocher, est privilégié du fait de la forte diminution des capacités vibratoires tympaniques : ceci a pour conséquence d’une part une écoute monophonique liée à l’absence de latéralisation et d’autre part l’impossibilité d’apprécier la profondeur du champ donc les phénomènes de réverbération et d’écho. Ceci rend difficile le repérage des sources sonores extérieures et fait de ce milieu un lieu-état sonore que la difficile rétention mnésique , mélodique ou historique inscrit dans un espace atemporel .

L’illusion silencieuse est secondaire aussi , pour une grande part , à l’impossiblité de toute émission-réception du langage verbal , ainsi qu’à une écoute non encore éduquée à la spécificité des signaux sub-aquatiques ... voire à une sorte d’obtusion de la conscience en raison de l’attention reportée sur les bruits émis par le corps ( battements cardiaques , mouvements respiratoires...) ou sur les bruits parasites occasionnés par la respiration sur détendeur .

Si le sens du toucher est peu changé dans sa dimension tactile cognitive, le contact de l’eau sur tout le revètement cutané et l’appréciation des déplacements corporels à partir de la stimulation du système pileux font de la peau une enveloppe réceptrice particulièrement sollicitée . La résistance du milieu devient un élément prépondérant, utile à la réalisation d’un geste dans les trois dimensions de l’espace , aux dépens de l’information axiale de la pesanteur qui a pratiquement disparue . Dans l’équilibration , l’axe de base des systèmes de repérage reste la verticalité , mais elle perd ses références standard . Ici , elle est donnée par la vision et la sensibilité tactile de l’ascension des bulles ainsi que par les relations constantes entre ces différentes composantes . Apparaît également la fonction "locomotrice" des muscles respiratoires , puisqu’inspirer fait monter et expirer descendre .

Alors que dans l’eau , les espaces droite-gauche-devant-derrière sont inchangés bien que non-repérés par la vue ou l’ouie , la différence réside dans le fait qu’au lieu d’être nommés en même temps qu’explorés , ils sont montrés . Ainsi le geste décrit et anticipe le mouvement dont la compréhension est attestée par l’imitation qu’en fera l’interlocuteur .

Dans l’impossibilité de se parler apparait l’importance de ce code gestuel aussi bien spécifique qu’émotionnel ou intuitif appréhendé par l’échange des regards entre les deux masques, dans une vision déformée par l’eau . Ainsi, le mode de communication interpersonnel est redevenu le regard, le geste et le cri , comme avant l’acquisition du langage verbal .

Ce mouvement vers un système d’adaptation antérieurement utilisé se retrouve avec l’arrivée de l’air dans le corps en "têtant" un embout relié par un tuyau à la bouteille du plongeur ou de son moniteur. Ce point est renforcé par la sensation , liée à la loi physique de la poussée d’Archimède, d’ètre "porté" .

Ainsi l’on est amené à penser que l’immersion dans l’eau du couple moniteur-élève, durant un temps ponctué par deux effractions/pénétrations de l’interface air-eau, actualise un moment initiatique d’une "seconde naissance" dont on peut maîtriser l’éventuelle répétition et qui n’est ni un rêve ni une pathologie . Le plaisir éprouvé dans le contact globalement enveloppant avec cette eau/mère-sans-intention est d’abord individuel .

Ce plaisir a la particularité d’ètre vécu de manière synchrone à celui de l’autre sans pour autant en être un prolongement ou un écho . Par ailleurs, la rupture avec les repères sensori-moteurs et les systèmes de communication valide certains comportements ou autorise certaines émotions qui, sans inscription dans le temps aérien, peuvent rejoindre le secret d’une histoire corporelle inaccessible au langage .

C’est de l’ étude et de l’utilisation de cette situation corporelle "extraordinaire" que , dans le cadre des activités de l’A.R.D.E.T.I.E. , le docteur Claire Carrier a crée en 1991, la subaquathérapie.

Cette nouvelle thérapie d’adaptation corporelle se situe à l’interface de deux techniques: la plongée sous-marine et la psychanalyse. Apparemment très éloignées l’une de l’autre, elles présentent cependant des caractères communs : toutes deux volontaires et individuelles, elles s’inscrivent dans un cadre anormal à caractère rituel et secret voire régressif où s’exprime un discours intérieur et impliquent une relation privilégiée avec un autre.

S’appuyant sur les modifications de l’état de conscience secondaires à l’adaptation du corps à une situation aussi étrangère que son immersion dans l’eau, la subaquathérapie s’intéresse à la notion de "passage" qu’il s’agisse du corporel au mental, du réel à l’imaginaire ou encore de la sensation comme objet à l’objet psychique. Le jeu avec les différentes facettes de soi-même est alors posé a priori ; il permet d’élaborer et de mettre à distance la notion si angoissante du "jamais plus", de la perte... si souvent associée aux évènements de notre vie. Ainsi ancré sur un vécu corporel, la continuité du sentiment d’existence peut être à nouveau éprouvée à travers son corrollaire, l’apparente simplicité du plaisir de vivre.

Pour cela, cette prescription médicale est particulièrement indiquée dans les cas de blocages secondaires à des transformations, qu’elles soient somatiques ( puberté, entraînement sportif, vieillissement ou certains cas dits pathologiques médicaux , post-chirurgicaux...) ou psychologiques (échec scolaire , deuil, séparation... ).

La séance de subaquathérapie

Si cette utilisation de la plongée ne présente pas de limite d’âge, elle est soumise à d’importants contrôles de sécurité ( matériel adapté, surveillance constante), comme aux suivis médicaux traditionnels; les contre-indications sont prises en compte.

L’immersion dans l’eau d’une piscine est retenue car elle est strictement reproductible : en effet, l’absence de vagues , la constance des paramètres physiques ( composition, transparence, lumière , odeur...) et la monotonie du décor ( régularité des carreaux , des revètements de sol...) comme la fixité des parois définissent un cadre sécurisant . La température de l’eau, 32 degrés, correspond à un équilibre thermique cutané tel que l’absence de gradient entre l’extérieur et l’intérieur annule cette définition d’une limite corporelle; limite qui n’a pas non plus besoin d’être précisée par la sensation sur tout le revètement cutané de la tension élastique d’une combinaison dont la protection contre le froid est, ici, inutile . Ceci renforce les efforts du moniteur pour réduire au maximum les inévitables contraintes matérielles afin que le patient puisse se laisser aller le plus rapidement et aisément possible au plaisir d’un éprouvé corporel différent .

Après un entretien préliminaire durant lequel le binôme psychothérapeute-moniteur est présenté au patient, peut commencer la première séance. Celle-ci se déroule en deux moments d’égale durée , trente minutes. Le premier se passe avec l’un des moniteurs de l’ARDETIE, entre deux effractions de la surface de l’eau réchauffée d’une piscine . L’intervenant, chargé exclusivement des questions techniques et de sécurité, établit avec son élève une relation strictement extra-verbale. Celle-ci peut, dans certains cas, bénéficier d’un apport musical sous forme de la sonorisation de l’eau grâce à l’utilisation d’un matériel adapté à l’émission/réception sous-marine ainsi qu’à la mise au point d’un enregistrement spécifique.

Le second , " à sec" dans une relation de face-à-face avec le thérapeute , lieu de l’interprétation de ce que va "faire" le sujet de la trace mnésique laissée par cette expérience .

Un lien circulaire entre ces deux situations se tisse , lors du dialogue thérapeute-moniteur . Ainsi les rôles respectifs de ces deux interlocuteurs bien que distincts l’un de l’autre restent étroitement synchrones.

Après trois ans de pratique, une vingtaine de prises en charge ont été effectué. Les suivis s’étalent entre une à vingt-cinq séances de préférence hebdomadaires, ils couvrent des âges de sept à quarante ans avec une plus grande représentation des adolescents. L’analyse des résultats est en cours d’élaboration : globalement satisfaisants, ils participent de la recherche de toute forme d’approfondissement d’un art de vivre dans toute sa subtilité individuelle .

Note de bas de page: Nous voudrions tout spécialement remercier la Ville de Paris pour nous avoir facilité l’accès à une piscine publique ainsi que le club de Fontenay-sous-Bois pour le prêt de matériel et l’autorisation de profiter du bassin de la piscine

Pour tout renseignement : ARDETIE - Association pour la Recherche et le Développement des Thérapies par Immersion dans l’Eau - (loi de 1901)

64, bd St Germain, 75005 Paris - Télécopie : 43 54 97 90

Carrier C. Adolescent sous l’eau, Adolescence, 1992, 10 , 1, p. 75-87.

Carrier C., Violette J., Enfant, corps et illusion à travers l’aventure de l’immersion dans l’eau, in Le corps rassemblé, Montréal, Agence d’Arc, 1991, 209-224.

 

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