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Le Monde
Après ceux de Budapest et d’Athènes, un troisième échec lors d’un grand rendez-vous
Par Patricia Jolly
dimanche 6 mars 2005
Pour Christine Arron, « arrêter serait trop facile »

C’est en larmes que Christine Arron a filé du Palais des sports de Madrid, vendredi 4 mars. Après moins de 30 m de course, en série du 60 m des championnats d’Europe en salle d’athlétisme, la Guadeloupéenne a coupé son effort, souffrant visiblement de la cuisse droite. Après son échec en finale des Mondiaux en salle à Budapest, en mars 2004, et après le fiasco de sa demi-finale olympique du 100 m, en août 2004, c’est cette fois au stade préliminaire et sur blessure que la Française sort par la petite porte d’une compétition majeure.

Quelques heures après l’incident, le médecin fédéral Philippe Dey-mié livrait le diagnostic provisoire : lésion musculaire aux ischio-jambiers (muscles de l’arrière de la cuisse) droits, soit une blessure classique chez les sprinteurs, généralement traitée en six semaines, et que Christine Arron n’avait plus connue depuis deux ans.

NOUVEAU COUP D’ARRÊT

Ce nouveau coup d’arrêt dans la carrière de la sprinteuse n’est-il dû qu’à la poisse qui lui colle aux pointes ? Probablement pas. Elle se portait jusqu’alors comme un charme, et ses dernières sorties en meetings avaient été couronnées de succès. « Quelqu’un qui est au maximum de ses possibilités physiques est aussi, comme une formule 1, au maximum de ses risques », observe le docteur Deymié.

A 31 ans, Christine Arron martèle pourtant qu’elle se prépare de mieux en mieux. Après son échec olympique, en partie imputé à une psychothérapeute-énergéticienne - dont elle était inséparable, avant de crier à la manipulation -, elle a repris mi-janvier sa collaboration avec son entraîneur, Guy Ontanon, avec lequel elle avait également rompu après les JO d’Athènes. Non sans lui intimer la consigne de se borner à l’analyse technique de ses performances en public.

« Non, nous n’avons rien changé dans la préparation qui puisse provoquer ce type de blessure, et oui, un titre aurait fait du bien à Christine », a lâché l’entraîneur, comme résigné, vendredi, à Madrid. Avant de s’absorber dans l’observation de la nouvelle star de son groupe d’entraînement, Ronald Pognon, tout nouveau recordman d’Europe du 60 m (6 s 45), âgé de 22 ans.

Durant sa séparation d’avec Guy Ontanon, Christine Arron s’est dotée à la Guadeloupe d’un préparateur physique aux compétences en décalage avec les exigences du haut niveau, mais elle jure que les séances de musculation qu’il lui concocte sont essentielles.

« FAIRE SON AUTOCRITIQUE »

« Christine se rassure, mais elle zappe l’essentiel, regrette un technicien français du sprint. Il lui faudrait faire son autocritique, prendre la mesure de la responsabilité qu’elle a eue dans son propre échec pour pouvoir tourner la page et se reconstruire. Car elle est dans la pire situation qui soit pour un athlète : le doute de soi. »

Pour Claire Carrier, médecin du sport, psychiatre et psychanalyste, Christine Arron n’est en rien la victime d’une « loi des séries ». Elle ne serait plus, selon elle, « dans la réalité » de son corps. « Elle est « addict » au mouvement et à son look de sportive, poussée par l’excitation de sa pratique et de son jeu avec les médias. Elle confond son identité avec ce qu’elle représente, mais c’est davantage propre à la médiatisation qu’au sport de haut niveau », ajoute Claire Carrier.

Christine Arron doit donc admettre que, désormais, le temps presse. Faute de quoi, la vérité du chronomètre la rattrapera de plus en plus cruellement en bout de piste.

Patricia Jolly

 

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