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Le Monde - Psycho
Sacrée magie !
Tuesday 24 August 2004

La performance psychomotrice sportive est de l’ordre du surhumain : elle est produite par une énergie anormale. Pour tenter de la canaliser, le champion potentiel fait appel à différentes stratégies, dont la pensée magique. Il use du simulacre, voire du grigri.

Ces forces irrationnelles dominent - voire terrorisent - son équilibre émotionnel habituel. L’ex machina envahit son intimité. Cette terreur n’a pas de limites : c’est la redoutable juste colère divine qui fait dire au sportif « Par Dieu ! J’agis ! ».

Chez celui qui garde la tête sur les épaules (et vit sa relation à la spiritualité dans son for intérieur), ce rapport à l’irrationnel se manifeste humainement dans la discrétion. Point besoin de démonstrations gestuelles, de rite vaudou ou d’objets fétiches : il suffit d’y aller « avec ses tripes lorsqu’on n’a rien à perdre ! ». Pour l’équipe argentine de volley-ball ou pour l’équipe irakienne de football : la faim donne des ailes, la rage intimide l’adversaire !

Celui qui vit la médaille d’or comme le juste dû d’une puissance surhumaine (au regard des sacrifices et des investissements matériels engagés) va parfois jusqu’à exhiber sa nature quasi divinisée en redoublant de signes de croix, de prières, d’injonctions... Ces comportements sont de l’ordre d’une assurance-vie contre les forces qui le feraient échouer : ainsi déculpabilisé, rien ne peut entraver son exploit !

En faisant cela en dehors du rituel religieux communautaire, il s’abroge (suivant l’exemple de Napoléon) la bénédiction divine. Evitant de s’en remettre à Dieu (au moins issu de la cuisse de Jupiter), il devance le jugement qui rapprochait de l’Olympe les athlètes antiques.

Il en est de même pour les sportifs qui montent sur le podium (kayakiste) ou font leur tour d’honneur (cycliste) avec leur progéniture. La démonstration de leur puissance surhumaine déborde le cadre des Jeux. Ils résistent à l’élévation spirituelle de l’acte olympique en maintenant leur performance dans le registre humain, « séculier », d’un au-delà de la puissance virile musculaire (stérile) : puisqu’ils sont procréateurs, leur puissance est encore plus accomplie.

De quelle inconvenance naïve font preuve ces sportifs de nations riches qui pratiquent des disciplines nécessitant à la fois un matériel et une évaluation qui coûtent très cher (excluant de fait les concurrents qui ne peuvent se les offrir). Leur richesse n’est-elle pas suffisante pour qu’ils fanfaronnent ainsi ? Que leur faut-il encore ?

Quel contraste avec la noblesse des pays sous-développés, qui ne peuvent donc prétendre concourir aux JO que dans les disciplines concernant strictement le corps et son endurance : après leur victoire au 10 000 m, le tour d’honneur a vu défiler trois Ethiopiens : Bekele (médaille d’or) et Sihine (médaille d’argent) soutenant le « vétéran » Gebreselassié, arrivé cinquième, blessé.

L’opulence tue l’homme !

Claire Carrier

 

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