Vous êtes ici : Accueil du site Auteur Ma notoriétéDans la presse
Le Monde - Psycho
Faux départ
samedi 21 août 2004

La compétition sportive est une manière de vivre le temps. Les entraînements permettent de travailler chez chaque pratiquant l’art du bon moment. Ils portent sur les variations normales de l’excitation (influencée par la chronopsychologie des hormones de la vigilance).

Ils ont pour cible de faciliter la libération des flashes impulsifs de l’acte performant en situation compétitive et la répétition gestuelle inhérente aux entraînements, aux rituels pré-compétitifs d’échauffement comme post-compétitifs de retour au calme.

Ils voudraient apprendre à saisir l’instant présent dans le réseau des temporalités de l’attente, de l’effort à fournir, du travail (tout le chemin parcouru durant l’entraînement), du record à battre et du temps vécu.

Certaines situations sportives révèlent plus particulièrement leur efficacité : l’entrée sur l’aire de jeu à l’instant du départ. Cet acte essentiellement volontaire, irremplaçable, signe en temps réel la présence au monde du sportif. Partir trop tôt fait exclure du jeu : c’est une fuite de l’attention.

Le son (coup de pistolet) que l’on pense entendre de l’intérieur ne s’accorde pas exactement avec celui qui est perçu venant de l’extérieur. Ce fut l’incroyable mésaventure du nageur australien Ian Thorpe, qui a failli échouer dans ses qualifications pour les JO.

Il y a également le fait de partir trop vite qui épuise et fait terminer trop tard. Partir désuni coupe le souffle. Très souvent, l’urgence à faire est justifiée par un besoin de l’ordre du devoir. Il peut s’agir d’une question d’honneur (une revanche à la suite d’un problème de sélection), de la dette symbolique que le sportif pense avoir contractée avec ses entraîneurs - « je leur dois bien ça ! ».

Ce dernier dilemme est particulièrement lourd lorsque les deux familles, sportive et d’origine, se confondent. C’est le cas du « trop rapide » escrimeur Erik Boisse, qui tire sous les commentaires de son père Philippe, champion olympique individuel et par équipes.

Cette précipitation dans l’attaque signe la perte de contrôle sur les systèmes de l’éveil comportemental très souvent en relation avec un non-respect des silences de la partition psychomotrice : la récupération. Le cavalier français Nicolas Touzaint, encore envahi par les tensions générées lors de sa compétition précédente, a faibli au dernier tour.

Les idées que le sportif se fait des rythmes de la vie ne sont plus en concordance avec l’expérience animale, intuitive, qu’il a de sa propre inscription dans le temps. Les systèmes de la mémoire (passé) comme de l’anticipation (futur) ne sont plus synchrones avec la vie basique du corps (présent) : les rythmes du sommeil, des battements cardiaques et de la fréquence respiratoire en particulier.

Quoi qu’il en soit, le faux départ, trop vite ou trop tôt, se termine toujours par une bonne expiration des excitations projetées par les autres : la tête à nouveau froide, le sportif peut repartir sur sa trajectoire d’excellence !

Claire Carrier

 

Répondre à cet article
Cet article est lié aux thèmes suivants :