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La fatigue c’est la vie
Propos du Docteur Claire Carrier, recueillis par P. Houvion
1992
Conflits, manque de temps, passions encombrantes réclament investissement et débauche d’énergie. La fatigue qui s’ensuit est subjective, mais il faut la prendre en compte.

Sur le plan physiologique comme psychologique, la fatigue n’est pas un diagnostic. C’est une expression émotionnelle très forte, qui est liée à plusieurs paramètres : convivialité, tolérance de l’investissement, importance de la course par rapport aux autres besoins. En termes clairs, cette fatigue se manifeste quand le sujet atteint la limite de ses capacités d’adaptation et de résolution des problèmes posés : cette fatigue est donc normale et inévitable puisque l’être humain n’est pas tout-puissant.

La vie et l’organisation du travail, aujourd’hui, sont plus fatigants qu’avant, fatigants à force d’automatisation ! La vie est très compartimentée, et le changement de repères variant d’une activité à l’autre nécessite une adaptation permanente et déplace à chaque fois l’équilibre précédent . Aujourd’hui, nous sommes davantage soumis à des tensions psychologiques que physiologiques , car, de plus en plus, notre rôle socio-professionnel est celui d’une surveillance technique (robots, ordinateurs, etc.), donc sédentaire et quasi solitaire et non plus un travail physique en équipe. Les rapports humains sont moins importants (en termes de quantité) et la pression ne s’exerce plus sur plusieurs personnes mais sur une. Nous sommes soumis à une surcharge en stress psychologique difficile à gérer et gros consommateur d’énergie. Dans ce contexte, la course à pied est très positive. Elle rééquilibre le corps et surtout, la convivialité qui s’y rapporte, d’homme à homme, sans machine, replace l’être humain dans un contexte qui lui sied mieux. Dans la mesure d’une pratique raisonnable, elle aide à lutter contre la fatigue. Dans une pratique raisonnable seulement, car l’entraînement trop important comme la course effrénée à la performance isolent le coureur.

Parmi les témoins d’une fatigue subjective dont on ne sait pas parler , il y a les traumatismes à répétition, la blessure qui, guérie , continue à faire mal , les troubles du sommeil.

Psychologiquement et inconsciemment, ces symptômes traduisent un malaise, anxiété ou dépression . En ce qui concerne les troubles du sommeil d’une façon générale, les difficultés d’endormissement sont provoquées par l’anxiété, au contraire des dépressifs, qui ont un réveil tôt le matin. Quels qu’en soient les symptômes, cette fatigue subjective est un signe de désadaptation. La vie peut être grosso-modo divisée en cinq espaces : la vie intime personnelle, la vie familiale, la vie amicale, la vie professionnelle et la vie socio-politique. Ces cinq espaces forment un tout, un équilibre. Il n’est pas possible de s’adapter à des changements dans plus de trois de ces espaces en même temps. Par exemple, changer de travail, déménager, divorcer et arrêter de fumer dans le même temps va provoquer une rupture de l’équilibre, une perte des repères, et se manifester par une fatigue subjective, c’est-à-dire l’expression d’un ras-le-bol, de l’impossibilité à gérer tous ces problèmes en même temps.

Ce type de fatigue est normal et n’est pas une maladie. La vie est par définition mouvante est pleine d’interrogations et de conflits à résoudre, autant de signes d’activité, donc de vie. Le doute, la lassitude sont permis. Dans ce domaine, la pathologie commence quand un seul de ces espaces prend le pas sur tous les autres au point de les éliminer. Par exemple, le coureur qui met son travail, sa vie familiale et sociale en péril en consacrant trop de temps et d’énergie à sa pratique sportive. Il y a déséquilibre, inadaptation, et cela se manifeste par de la saturation, du surmenage, la plainte de fatigue et une régression dans les résultats. Résoudre ce type de problème passe par une bonne connaissance de soi et de ses capacités de récupération.

Voici quelques éléments sur lesquels porter votre attention afin de mieux cerner vos capacités de récupération. Après une compétition, combien de temps mettez-vous pour réaliser que vous avez arrêté de courir ? Combien de temps vous faut-il pour retrouver des sensations de soif et de faim ? Pendant combien de temps avez-vous des sensations de nausée ? Combien de temps mettez-vous pour trouver le sommeil sans l’aide d’alcool ou de médicaments ? Il est bien évident que plus ces temps sont courts, mieux vous récupérez. Ces impressions sont subjectives, mais faites attention à cela sur trois ou quatre courses et vous aurez une idée précise de vos facultés de récupération qui vous permettra d’adapter votre entraînement, tout au moins dans son organisation.

En ce qui concerne les temps d’endormissement, pas de panique. D’une manière générale, il est dit que les heures de sommeil avant minuit comptent double. Cela peut se discuter car chaque personne a sa propre horloge interne génétiquement programmée donc relativement difficilement adaptable . Ainsi que l’on soit du matin ou du soir, long ou court dormeur, l’essentiel est de respecter ses propres rythmes de sommeil . Autre élément de récupération important, la douche chaude et longue. Outre qu’elle lave le corps de toute sueur, le principe même de l’eau courante, donc de l’élimination des impuretés, symbolise le lavage, intérieur y compris. Elle permet de bien séparer l’espace course de l’espace travail ou convivial qui suit. Elle facilite l’adaptation, donc évite la fatigue provoquée par une dépense d’énergie supplémentaire nécessité par le passage d’un espace à l’autre.

La fatigue, même subjective, est très liée à l’état d’ hydratation , donc il faut boire plus en cas de fatigue. Suivant le conseil des diététiciens de ne pas en abuser , le Coca-Cola peut être une boisson appropriée en cas de fatigue, notamment après une course pour ceux qui recherchent à ce moment là un apport sucré (alors que d’autres peuvent avoir besoin d’un apport salé) . Outre le sucre, cette boisson contient de la caféine, donc un stimulant, et de la cocaïne, donc un antalgique, et ce, à des doses infinitésimales. Pas de danger d’accoutumance, mais des effets réels qui assouplissent la baisse d’excitation après la course, par l’effet stimulant, et qui favorisent "la réintégration du corps" : l’effet antalgique adoucit les petites douleurs ou souffrances, musculaires comme intestinales. Ainsi changer d’espace devient plus facile et les éventuelles traces traumatisantes sont mises à distance .

Objective ou subjective, la fatigue existe bien, elle est à prendre en considération, mais elle n’est pas une maladie. Physique ou mentale, elle est le signe d’une activité trop intense que vous n’arrivez plus à gérer ou que vous gérez mal. Bien qu’inévitables, les périodes de fatigue peuvent être efficacement réduites par une meilleur connaissance de soi et une meilleur gestion de son entraînement comme des questions soulevées par la vie quotidienne.

 

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